TESTAMENT
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auteur : Sœur FOLLENFANT





C'est une robe bleu, tout au fond du placard.
Il faudra me la mettre. Sachez que le plus tard
Sera le mieux. Elle est tachée à l'arrière.
Mais n'y prenez pas garde, la tache m'indiffère.
Quand je la porterai, je girai sur le dos.
Nul ne sera tenté d'inspecter le verso.

De cette couche-là, on ne se lève pas !
Belle ébénisterie, coussin de taffetas,
Poignées d'argent, harmonium, pleurs d'apparat,
Des roses, des pensées, des lys, des bégonias !

…Flash-back et revolving, j'achetai cet habit
Il y a des années… « Au vrai chic de Paris ».
Cette boutique-là était alors au top !

Quand vous étiez petites, on allait à la « Coop. ».
Acheter pour manger le « triste » minimum.
Pauvres tranches d'épaules, qu'on assaisonnait comme
Si c'était du jambon, pour garnir les pizzas.
Je n'étais pas très fière de vous servir cela !
J'aurai souhaité pour vous du caviar, des langoustes…
C'était déjà pas mal, vous n'aviez pas les roustes
D'un papa alcoolique qui eût pu vous frapper.
Vous n'étiez pas battues, vous aviez à bouffer.
Mes reines, mes amours, mes « glues », comme je disais !
Longtemps vous avez cru que ce mot signifiait :
« Adoration totale que jamais rien n'émousse ».
Et puis en grandissant, vous lûtes le Larousse…

Il a passé le temps, comme il passe toujours,
Amenant son comptant de passants, de balourds !
« Il a passé le temps, comme il passe toujours,
Amenant son comptant et de rêve et d'amour… »

J'aurai écrit cela, si j'avais cru encore
Que la femme survive au déclin de son corps.
Hélas, mes amourettes, mes filles, mes survies…
Hélas, si vous saviez comme vite on vieillit.

Je n'aime pas « survivre » et « survie », si collés…
Il faut que je m'arrange, que j'aie une autre idée…

Hélas, mes minettes, mes choutes, mes chatons
Hélas, si vous saviez comme ça sèche un con… !

C'est insidieux d'abord, on ne s'aperçoit pas
Ni du cou qui s'empâte, ni de la patte d'oie.
Puis votre bel amant déserte votre lit.
Besoin de prendre le l'air, de savoir enfin qui
Il est ! Depuis le temps, qu'il étouffe, qu'il s'étiole,
Que vous lui pompez l'air ! Il faut bien qu'il rigole…
Avec une jeunette…de votre âge, les filles… !
Mais qui, merci mon Dieu, n'est pas de la famille !
Quant bien même serait-elle une cousine ou nièce,
Ce ne serait jamais qu'une question de fesses.

Mes chéries, dans ma vie, j'ai connu quelques hommes…
Des gentils, des couillons, des marrants, des sodomes !

Vous connaissez le pire de ma vie de pétasse :
Ce salaud de première, qui voulait quoi qu'on fasse,
Qu'on argumente ou qu'on discute, mettre son vit puant,
Sa grosse queue virile, son membre suintant,
Dans l'intimité vierge de ma fille cadette,
Estimant que, vraiment, cette simple requête,
Caprice infime, n'avait rien d'hallucinant,
Puisque Woody Allen ou Molière en son temps
Avaient jugés honnête et tout à fait licite
Dans le con de leur fille, d'aller fourrer leur bite !

Que ce type là crève et nous applaudirons !
En crachant sur sa tombe, nous danserons en rond !

Aujourd'hui mon chagrin est  d'une autre texture.
Je n'ai jamais trompé cet… X…, je le jure !
C'est une rareté dans ma vie de femelle.
J'en suis fort mal payée !... Ne soyez pas fidèle…
Comme il est beau, cet… X… qui vient de me quitter.
Tant que je l'aime tant, qui peut le remplacer ?
Jour et nuit je repense aux caresses sublimes,
Dont il me fit cadeau. Oui, j'atteignis des cimes
De plaisir absolu dans les bras de ce mec.

Il me gave aujourd'hui de ces salamelecs…
« Je t'aime et je te quitte »… Débat racinien !
Titus et Bérénice sont-ils restés copains ?
Je ne fais plus bander cet homme dont je rêve,
Son zizi fait dodo, sa quéquette est en grève.

« Ménopause » ! Les filles, il faut que je vous dise…
Vous lirez, entendrez, verrez, bien des bêtises.
« Pleine vie », « Notre temps », presse spécialisée
Pour faire croire aux femmes, qu'elles n'ont pas changé !
Ça devrait s'appeler « Vieille vie », « Pauvre temps » !
Quelle honte il y a à tromper le chaland !
« Mon mari me désire autant qu'à nos vingt ans. »
Ah ? Déjà à cet âge, il était impuissant !
« Découvrez le régime spécial cinquantenaire ».
En vous privant de tout, il n'y a rien à faire,
Vous verrez votre taille s'épaissir. Des amas
Adipeux s'installeront partout, sous les bras,
Dans le dos. Prenez soin de vous passer au crible.
Vous deviendrez difformes et indescriptibles !

Qu'on cesse de dorer la pilule aux vieillardes,
Elles sont ingénues ! Le journal les bombarde
De slogans promettant des soins réparateurs.
Ils sont si mous leurs seins, il est si lourd leur cœur !
Elles croient volontiers la prose mensongère.

(Méditez au  plus tôt ce vers de Baudelaire :
« Ces monstres disloqués furent jadis des femmes ».
Maudit sois-tu, poète, qui la vérité clame !)

Mais au beau corps de l'homme on n'est pas insensible…
Il est encor chasseur, nous ne sommes plus cibles.
Il a de la prestance et nous de l'embonpoint !
Il les cheveux gris et nous les cheveux teints !
Des rides d'expression, nous une sale gueule !
Nous sommes esseulées, des gonzesses le veulent !
On a vraiment vieilli, il a roulé sa bosse !
Lui, Merlin l'enchanteur et nous Fée Carabosse !

Quelle est belle l'époque où l'on « perd » chaque mois !
On a mal aux nichons, on gonfle, on prend du poids.
Et quand survient le flux, marée libératrice,
Bienfaisant récurage du fond de la matrice,
Ne vaticinez pas : «Je suis crevée, rompue ! »  
La vraie souffrance vient quand on ne saigne plus.
« Tu es de mauvais poil, tu as tes ragnagnas ! »
Le mâle indélicat, forcément vous dira
Cette phrase imbécile. Pardonnez lui, mes chattes !
Il aura, à son tour, ses soucis de prostate.


….Revenons à la robe, tout au fond du placard.
Les temps ayant changés, ce n'est pas au hasard
Que j'entrais en flânant dans une pauvre échoppe,
Pour sur un coup de cœur y acheter- et hop ! -
Un nouveau vêtement ! Pas d'achat compulsif !
C'est toujours réfléchi, ce n'est jamais au pif !
Cette boutique-là, je la connaissais bien.
Elle s'appelait, en fait, « Au vrai chic Parisien ».
L'enseigne a disparu, et c'est vraiment dommage,
Car elle nous proposait des fringues d'un autre âge.
Ça coûtait bien des sous et comme j'en gagnais,
Et pour vous et pour moi, les filles, j'en dépensais.
J'avisais une nippe d'un joli bleu lavande :
« Il me faut celle-là, avant qu'ils ne la vendent
A une autre fashion, élégante ennemie,
De celles qui achètent sans regarder le prix. »

Le soir, je l'étrennais, dînant chez mon amant.

Je fréquentais alors, un vieil homme charmant,
Plein d'esprit, de malice, un monsieur érudit,
Plein de bonnes manières et habile au déduit.

Il avait dix-neuf ans, lorsque Marthe Richard,
La bigote laïque, harpie anti-fêtard,
Cette sainte-nitouche, avait gagné la cause :
Obtenir fermeture de toutes maisons closes.
Pour fêter dignement la mort des lupanars
L'oncle de mon ami emmenait le gaillard
Se délecter, pour une unique et seule fois
Des spécialités propres à ces endroits.
One -two-two, Chabanais, Sphinx, dans tous ces bordels,
Le garçon ne fit pas que tenir la chandelle. 

Bref ! En ces temps bénis se donner du plaisir
C'était comme fréquenter un centre de loisirs.

C'est pourquoi ce Monsieur, et que Dieu ait son âme,
Belle voix, douces mains savait parler aux femmes.
Nous soupions de mets fins, sur nappe de dentelle,
Carafon de cristal, bougeoirs, jolie vaisselle…
« Casanova disait qu'en un repas galant,
Il faut toujours prévoir, au moins, un aliment
Que l'on puisse à la bouche porter avec les doigts…
Pour en lécher la sauce… moi sur toi, toi sur moi… »

Nous quittâmes la table bien avant le dessert,
Et il me culbutait de façon cavalière.
Sans respecter mon linge, sans m'ôter un habit,
Il fit ce qu'en venant j'attendais qu'il me fit.

Ce divertissement donnant de l'appétit,
Nous nous rassîmes, alors et mangeâmes des fruits.

Je souffrais ce jour-là, d'un inconvénient
…Qui depuis des années manque cruellement…
J'appelais ces moments, « la maladie des filles ».
Le désir d'un vrai mâle fait foin de ces broutilles !
Comme nous nous rassîmes sans faire de toilette
Un mélange coula, maculant la jupette.

La liqueur séminale et celle des menstrues
Ont alchimiquement une étrange vertu :
L'habile concoction de taches indélébiles.

J'ai lavé, récuré, frotté ! Pourquoi faut-il
Que cette marque-là dure éternellement ?

Merveilleux amalgame : et du sperme, et du sang !


A jamais sur le fond de ma robe soit gravée,
Epitaphe du désir que j'ai pu susciter !


C'est pourquoi, je voudrais…je voudrais … mes chéries,
Que vous me l'enfiliez pour la plus longue nuit.

Voici mon testament. Certes, il est un peu trash.

Surtout !....N'essayez pas de nettoyer la tâche.

PL
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