MINETTE
auteur : Sœur Follenfant
Tu t'en fiches, toi la minette !
Tous les trois mois tu fais tes p'tits
Toutes les saisons, tu donnes la vie !
Moi, j'ai découpé mes serviettes,
Pas celles de table, celles de toilette,
Pour m' faire des couches, comme un bébé.
Y sont pas près les cabinets !
Avant d'y arriver, je pisse...
Alors, on m 'conduit à l'hospice.
D'ailleurs, c'est mieux, j' m'ennuierai moins.
Y viendront m' voir, c'est pas trop loin.
Dédé, Annie, puis mon Gaston.
Surtout quand je toucherai ma pension,
Y z'oublieront pas la visite.
L'argent chez nous ça file si vite....
Y savent que j' leur donne quelques sous !
C'est bien normal que j' garde pas tout !
Tu t'en fous, toi la minette :
Tous les trois mois tu fais tes p'tits.
Vous avez ben d' la chance, les bêtes !
T'as t'y pas trop mal au kiki ?
Tu t' lèches un coup, et tu r'commences !
J'ai dû payer trois mois d'avance.
Paraît que c'est en cas de décès
Pour qu'y z'en soient pas pour leurs frais.
Paraît qui en a qui sont coquettes,
Des vieilles ! Qui se font faire des frisettes.
Qui s' font faire le coiffeur au lit !
P'têt que j'essaierai, si ça m' dit !
Y en qui change de pèlerines
Tous les deux jours ! Des vraies rupines !
Moi, y faudra que je m'achète
De quoi tricoter des chaussettes
Pour le gamin à la Jocelyne ;
Ça a beau être qu'une cousine,
Y va m' manquer, sûr, ce loupiot !
Ah ! C'est si bon, ces p' tits chameaux....
Alors, a l'amènera, c'est sûr,
Si j' dis que c'est pour prendr' des m' sures.
Y faudra que j' pense à d' mander
Pour le loto, comment qu'on fait ?
Qui c'est qui l'amène au tabac...
Y aller seule, moi, j' peux pas !
Peut-être qu'y a une infirmière
Qui s'occupe de genre d'affaire...
Mais tu t'en fous, toi la minette,
T'as pas besoin d'appeler le toubib !
Après, tu t' fais une grande toilette,
Tous les trois mois tu donnes la vie !
Moi, demain, j' quitterai ma maison.
Pas pour toujours, pas pour de bon.
J' r'viendrai des fois en week-end.
Des fois même, avec un peu d' veine
Pour le repas d' la communion
A Julien, l' dernier à Gaston.
J'ai promis d'y payer sa chaîne
Et sa médaille en or, toute pleine.
Si c'était c'te fichue attaque
Qui fait que d'un peu partout j' craque,
Ah, j' la quitterai pas ma bicoque.
J'suis dev'nue d'un coup comme une loque !
Tu t'en fous p't-être, toi, la minette :
Mais, j' vais t' dire pour tes chatounettes,
Tes cinq mignons que tu pourlèches....
Eh ben, tu les verras plus mèche....
Cette nuit, pendant qu' tu vas dormir
Y'a le Gaston qui va venir,
Y va t' les noyer dans un seau
Tes cinq petits chatons si beaux !
Tu les chercheras dans ta caisse,
Sous tes coussins, avec détresse !
Tu renifleras ta gamelle,
T'auras mal à tes grosses mamelles.
Tu les r'trouv'ras pas tes gamins !
Moi, j'aurai pris l'autre chemin,
Celui de vivre encor' un peu....
Tu peux me r'garder dans les yeux,
Tu fais la belle, tu penches la tête.
T'y comprends rien, dis la minette ?
J'tiendrai plus longtemps qu' tes morveux :
C'est la mort, vis pas qui veut !
PL
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