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A On aura beau dire, mais je trouve que votre chien me regarde d’une drôle de façon. Z Ce n’est pas mon chien je vous ai déjà dit, c’est celui de mon beau-frère. Et puis c’est une chienne. A Bon, d’accord. Alors qu’est-ce qu’elle a à me dévisager comme ça, la chienne de votre beau-frère ? Z Je n’en sais rien, moi. Peut-être que vous lui plaisez. A Ah non, ne plaisantez pas avec ça s’il vous plaît. J’ai une trouille bleue des chiens. Z Oh, avec elle vous ne risquez rien, elle n’est pas méchante pour un sou. A Qu’est-ce que vous en savez ? Ce n’est pas écrit sur son museau. Z Ça se voit, regardez-la… A Ça se voit, ça se voit…ce que je vois surtout c’est qu’elle continue de me fixer. Z Ça n’a rien d’inquiétant, je vous assure. Ce n’est pas parce qu’elle vous fixe qu’elle a envie de vous mordre. A Vous croyez ? Pourquoi elle me montre ses dents, alors ? Z Elle vous montre ses dents parce qu’elle ne peut pas faire autrement, c’est sa mâchoire qui est comme ça. Elle est prognathe. A Ah bon… alors ça, c’est encore plus inquiétant. Si elle est prognathe, elle peut très bien montrer les dents sans qu’on le sache. Z Non, parce que dans ce cas là, elle gronderait. Or en ce moment, comme vous pouvez le constater, elle ne gronde pas. A Non, c’est vrai, elle ne gronde pas.… elle ne gronde pas, mais elle ne remue pas la queue non plus. Z Pourquoi voulez qu’elle remue la queue ? Les chiens remuent leur queue seulement quand ils sont contents. A Justement. Comme elle me regarde depuis un petit bout de temps sans remuer la sienne, j’ai toutes les raisons de penser que je ne lui plais pas particulièrement. Z Là, je crois que vous vous faites des idées. Peut-être qu’elle vous regarde en pensant à autre chose. A À quoi voulez-vous qu’elle pense ? Z Je ne sais pas, moi. A mon beau-frère, peut-être. Vous avez un petit quelque chose de lui, là, dans le bas du visage. A Ça, ça m’étonnerait. Si j’avais le bas du visage de votre beau-frère, sa chienne remuerait la queue en me regardant. Ou alors c’est qu’elle ne l’aime pas. Z Pas nécessairement. Elle peut très bien penser à lui sans avoir envie de remuer quoi que ce soit. Surtout si ça la rend triste. En cas de tristesse les chiens n’ont rien à remuer de spécial, vous savez. A Et le fait qu’elle se mette à baver, là, ça n’a rien d’inquiétant non plus ? Z Non plus, non. Elle bave tout le temps. A Ah je regrette, mais tout à l’heure, avant qu’elle ne fasse sa fixation sur moi, elle ne bavait pas. Je m’en souviens très bien. Z Elle ne bavait pas parce qu’elle venait juste de laper. C’est systématique chez elle. Elle bave, elle lape, elle re-bave, elle re-lape, et ainsi de suite, à longueur de journée. Observez-la, vous allez voir, dans vingt secondes au plus, elle va laper. A Ah non je vous remercie, je ne vais pas me mettre à observer une chienne qui bave en me regardant. En plus, elle pourrait mal le prendre. Les chiennes aussi peuvent être susceptibles. Z Pas celle là. Et si elle l’était je le saurais, mon beau-frère me l’aurait dit. A Ecoutez, je ne connais pas votre beau-frère, mais sachez d’ores et déjà que j’ai une confiance toute limitée dans ses appréciations. Z Et pourquoi donc ? A Parce qu’un type qui achète une chienne prognathe aux glandes salivaires défaillantes n’apparaît pas franchement qualifié pour juger du reste. Z Là vous êtes un peu dur. D’abord il ne l’a pas acheté, on lui a donné. A Ce n’est pas une excuse, ça. Quand on prend un chien, on vérifie qu’il fonctionne a peu près normalement, même s’il est gratuit. Z Vous, vous n’aimez pas les animaux, ça s’entend. Vous en parlez comme si c’était de l’électroménager. Je vous rappelle que cette chienne est un être vivant, comme vous et moi. A Etre un être vivant n'autorise pas à saliver de la sorte en toisant le genre humain, je suis désolé. Et puis je vous signale aussi, qu’on peut très bien aimer les animaux en général tout en ayant peur d’une espèce en particulier, ce n’est pas incompatible. J’ai peur des chiens, c'est vrai, mais j’adore les chats. Ma sœur en a eu un que j’ai beaucoup aimé. Z Votre sœur a eu un chat ? A Oui, un siamois à poil laineux qu’elle appelait Boubou. Z Et bien ne cherchez plus : c’est ça. A Comment ça, c’est ça ? Z Ben oui. Pepette a senti l’odeur de Boubou, c’est pour ça qu’elle vous regarde de cette façon là. A Ne dites pas n’importe quoi. Pepette n’a pas pu sentir Boubou. Z Et pourquoi pas ? A Parce que Boubou est mort, voyons. Z Ça, ça ne veut rien dire. Les chiens ont un sens olfactif très développé. A Tout de même ! Au bout de dix ans, ça m’étonnerait que je sente encore le chat de ma sœur. Z De toutes façons vous ne risquez rien non plus, Pepette adore les chats… d'ailleurs tenez, regardez : elle s'est endormie. Vous voyez ? Quand je vous disais qu'elle n'en avait pas après vous. A Elle s'est endormie là ? Z Oui, oui. Elle est mignonne, non ? A Mignonne , ce n'est peut-être pas l'adjectif que j'emploierais. Pour un chien qui dort assis, je dirais plutôt bizarre. Et elle s'endort souvent comme ça ? Z Souvent, oui. Seulement évidemment, au bout d'un moment les muscles lâchent, alors elle tombe, et forcément ça la réveille. A Oui, forcément… Z Tenez, qu'est-ce que je vous disais? Hop ! la voilà réveillée. Elle est drôle, non? A Très. Une chienne hilarante à ce point, j'ai rarement vu. Z Et encore, ça c'est rien ! Mon beau-frère m'a raconté de ses trucs. A Il est où tiens, au fait, votre beau-frère ? Z A l'hôpital. A Ah… grave ? Z Non, non, c'est pour des examens, à cause des poils de Pepette. Il fait une allergie. A Ah ben oui… évidemment… Z Ben oui, qu'est-ce que vous voulez… personne n'est parfait… C.S
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