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L’homme est assis, silencieux, solitaire.. Un peu sâoul. Il ne voit plus trés bien les affaires et les choses qui meublent l’existence. Ses gestes ont des erreurs, des oublis. Dans les brumes de l’alcool qui troublent la vision, les distances, il voit son verre tomber. Son dernier verre, tout juste terminé. Mille et cent éclats sur le sol. Il voit sa main, devenue vide, et les débris à terre. Il reste ainsi quelques secondes, le corps un peu penché, visage luisant, bouche entr’ouverte. Quelques secondes. Brusquement il se lève, titube, heurte la table basse où vacille de concert deux bouteilles vides et un grand vase ancien aux quelques fleurs fannées. Il ferme les yeux, passe sur son visage cette main moite et fébrile où tout à l’heure le verre... Du temps passe et s’enfuit. Il ne veut pas cèder au tournoiement du monde qu’il sent autour de lui. Lentement, trés lentement il regarde à nouveau. Et il voit. Il voit le mur. Le papier peint hideux et ses oiseaux jaunis. La pendule. L’acouplement d’aiguilles sous le cadran fêlé. Il voit l’armoire à glace. Le bureau trop petit. Sur le bureau la lampe. Le stylo. Le papier. Désert immaculé où quelques mots pourtant font comme un oasis. Il voit le lit géant. Les draps défaits. Le traversin trop long et l’unique oreiller. Il voit la table de nuit. L’auréole d’un verre. Le réveil, l’heure qu’il est. Il voit le livre refermé, avec la corne d’une page pour retrouver le fil. Il voit le lavabo. Le robinet qui goutte. Le savon déssèché. Et puis il voit le vieux fauteuil sans style. L’emprunte de son corps qui disparait. La table basse. Les deux bouteilles. Le vase ancien. Les fleur fannées. Mille et cents éclats sur le sol. Et enfin la fenêtre. Il la voit. LA FENÊTRE. D’un bond il est sur elle, l’ouvre, l’enjambe, s’arrête. Dernier regard sur le triste décor. Quelques secondes. Sous ses pieds la corniche. Bientôt il ne sera bientôt plus qu’une chose brisée. Éparpillée. Comme ce verre tout à l'heure… Mille et cent éclats sur le sol. Quelques secondes. Ne resteront derrière lui, que le petit bruit d’une eau qui goutte et quelques mots, là-bas, sur la page, quelques mots imbéciles qu’il se répète encore : “La première chose à faire...” L’homme est maintenant debout. Silencieux. Solitaire. Plus trés saoûl. Figé sur la corniche. Lentement, il se retourne. Et il voit. Il voit la rue. Le trottoir. Le carré de pelouse. Il les voit, là. Tout près. À quelques centimètres. Sous ses pieds. Cruel rez-de-chaussée. D’un petit, tout petit saut ridicule il atteind la terre ferme et rejoint son décor par l’entrée. Bureau. Stylo. Papier.“La première chose à faire... Il s’asseoit. Sa main ne tremble plus. Il écrit. “...c’est d’arrêter de boire...” Il se lève. Se rasseoit, et il ajoute encore. “...ou de déménager.” CS
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