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Les habitants de Lhômouye s’étaient habitués depuis longtemps aux pluies intenses et diluviennes qui chaque année s’abattaient sur leur petite commune. Cirés, bottes, et parapluies sortaient alors de toute part et le maigrelet ruisseau qui traversait le bourg en profitait aussi pour rugir hors de son lit. Il ajoutait ainsi, à la furie du déluge, les aquatiques calamités de ses débordements. Cela durait trois semaines, parfois un mois. Jamais plus. Et puis les pluies cessaient. Cirés, bottes et parapluies rejoignaient alors leurs placards et le ruisseau calmé retournait à son cours. Ne restaient plus, ça et là, que le bruit lancinant du clapotis des gouttes et quelques flaques éparses, qu’il fallait bien encore, pour quelques jours, franchir à l’enjambée. Mais tout Lhômouye enfin pouvait sècher tranquille. Cette année là pourtant, un évènement curieux brisa l’ordre établi : une flaque persista. Étendue sur la grand place, isolant de ses eaux mystérieuses le vieux banc communal, elle perdura encore lorsque toutes ses semblables, et même les plus tardives, se furent évaporées. Elle dura même tout l’été et frissonna ensuite aux premiers vents d’automne, avant de se figer, glacée, aux tourments de l’hiver. L’année suivante, au sortir des nouvelles calamités, elle était toujours là. Les Lhômouyois curieux qui venaient pour la voir n’en croyaient pas leurs yeux. La flaque s’éternisait. Une autre année passa. Puis deux, puis trois, puis dix. Des vieux moururent. Des jeunes vieillirent. La flaque ne bougeait toujours pas. Et puis un jour, au détour d'un soleil printanier, sur le bois du vieux banc communal déclaré sinistré par les autorités, apparurent quelques pousses. Puis des branches. Puis des feuilles. Puis des fleurs. Elles s’ouvrirent en juillet. Aujourd’hui à Lhômouye, bien des années plus tard et à la belle saison, on vient voir de partout le banc de la grand place. Il est là, majestueux, couvert de fleurs étranges où butinent san risques d’insolents papillons. Il est là, magnifique, tendant aux vents complices sa folie végétale. Il est là, improbable, au beau milieu des eaux de la flaque éternelle où trempe à tout jamais le bois de ses vieux pieds. CS
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