ANNONCE
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auteur : FRÈRE MOIMÊME



Le vieillard qui vint m’ouvrir ne m’apparut pas franchement comme un inconnu et, durant les quelques secondes où nous restâmes ainsi à nous dévisager sur le pas de sa porte, j’eus la désagréable et fugitive impression d’avoir déjà vécu cet instant.
“ Entrez, jeune homme, entrez ! ”
Le timbre de sa voix me parut lui aussi curieusement familier, tout comme le décor de la pièce où j’entrais à mon tour. M’ayant pris par le bras, le vieil homme me guida fermement jusqu’à l’unique fauteuil qui trônait derrière un vaste bureau.
“ Asseyez-vous, je vous en prie...”
J’obtempérai sans rien dire,  surpris de  me voir occuper si rapidement la place du maître de maison. De lourds rideaux de velours rouges encadraient majestueusement la porte par où j’étais entré. Ils semblaient ajouter à l’ambiance, dejà lourde et feutrée, comme une note mystérieuse et théâtrale. Dans un coin, une imposante horloge s’activait à ponctuer l’étrangeté du moment.
“Vous venez pour l’annonce n’est-ce pas ?” me lanca le vieillard, un  index tordu pointé vers mon visage.
Sa question n'en était pas une, car je vis à son air goguenard qu'il savait très bien pourquoi j'étais là. Encore impressionné, je bredouillais quand même un debut de réponse :
“ Oui… mais je...”
“ Non, non, non, jeune homme... plus de mais ! Plus de mais, ni de jamais, ni de toujours...” ajouta-t-il en se penchant vers moi. Et il resta ainsi, à me scruter quelques secondes d’un regard pénétrant. Puis, regagnant à petit pas le devant du bureau, il poussa dans ma direction le livre qui s’y trouvait posé.
“Tenez... je venais tout juste de le terminer lorsque votre coup de sonnette m’a fait sursauter. À mon âge les visites, mêmes attendues, sont toujours des surprises. “me dit-il en m’adressant un bref coup d’oeil complice.
“ Vous devriez y jeter un coup d’oeil...je suis sûr que sa lecture vous fera le plus grand bien.” continua-t-il en agitant le même index vers l’ouvrage.
Obéissant à son invitation je pris le livre et le posai sur mes genoux.
Son titre était l’énnoncé même de l’annonce qui m’avait intrigué et conduit jusqu’ici : “Échangerai passé prometteur contre avenir incertain.” Cette suite de mots énigmatiques avait accaparé  tout mon esprit durant les quelques heures qui avaient précédé ma visite, aussi, cédant à la curiosité,   j’ouvris le livre…
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… J'arrivai à la dernière page lorsqu'un strident coup de sonnette m'arracha brutalement à ma lecture. Surpris, je mis quelques secondes à retrouver mes esprits et relevai vivement la tête. J’attendis. Rien. Seul le silence et le tic-tac de l’imposante horloge m’enveloppaient tout entier. Me tournant vers le rythme obsédant du lourd balancier et levant les yeux vers le cadran, je constatai alors avec stupeur que les aiguilles n'avaient pas bougé. Alerté par cette découverte, je restai immobile, l'œil fixé sur elles. Une longue minute passa sans que je puisse y déceler l'ombre d'un mouvement. Les aiguilles de l'horloge semblaient inexorablement figées sur l'heure de mon arrivée. J'en étais là de mon trouble lorsqu'un deuxième coup de sonnette me fit à nouveau sursauter. Lentement, mû par je ne sais quelle décision, je reposai l'ouvrage sur le bureau. Puis, sans doute engourdi d’être resté longuement assis, je me levai avec difficulté et, la jambe un peu traînante, claudiquai à petits pas jusqu’à la porte d'entrée.

Le jeune homme à qui j'ouvris ne m’apparut pas franchement comme un inconnu et, durant les quelques secondes où nous restâmes ainsi, à nous dévisager sur le pas de la porte, j’eus la désagréable et fugitive impression d’avoir déjà vécu cet instant…
CS
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