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SOMMET
auteur : Sœur MANDOU
Une montagne. Un sentier très étroit qui court
à flanc, de la base au sommet ou vice versa. Sur le sentier, un
personnage qui grimpe, un autre qui descend. Au détour d'un
virage, ils tombent nez à nez.
Personnages : G = Le GRIMPEUR
L'A= L'AUTRE
G AAAaaaaaah !
l'A Huuuuummmm !
G Vous m'avez fait peur !
l'A C'est l'écho. Ca impressionne.
G Pour un peu, je faisais le plongeon. Ca fait bien
600m là, non ?!
l'A Je ne sais pas. Je ne regarde jamais en bas. J'ai
le vertige.
G Et là-haut, c'est beau ? Vous en venez, non
? C'est juste derrière cet aplomb ?
l'A Là-haut ? Là-haut ? … Y a
pas de mots… Là-haut… Oui, c'est à cinq
minutes. Y a une petite plate-forme.
G Ca doit être grandiose
l'A C'est pas grand, on peut pas rester longtemps
G J'ai hâte d'y arriver
l'A Moi aussi j'avais hâte
G Bon
l'A Oui. Bon.
G Faudrait que vous reculiez, là
l'A Pardon ?
G Faudrait que vous reculiez. Y a pas assez de place
pour se croiser.
l'A Impossible, je redescend. Vous comprenez, j'ai
atteint le sommet et maintenant je redescend, forcément !
G Oui mais moi je monte
l'A Vous avez de la veine. C'est le meilleur moment.
Tiens, le vent se lève. On ne peut pas rester là, c'est
dangereux. C'est à vous de reculer.
G Vous rigolez, si près de sommet ? Ca ne vous
coûte rien d'y retourner. Si c'est si beau
l'A J'ai pas dit que c'était beau… Ah
ça souffle, agrippez-vous… Une deuxième fois,
ça me tuerait !
G De toutes façons, je ne recule jamais. C'est
dans ma nature.
l'A Faites demi-tour, vous irez de l'avant !
G Vous vous foutez de moi
l'A Quoi ? Voilà la pluie !
G Quoi ?
l'A Ah, ça y est, il pleut
G J'ai pas grimpé jusque là pour rien.
Poussez-vous, je suis si près du but !
l'A C'est le vôtre, pas le mien
G Egoïste ! Merde je glisse !
l'A Fallait pas mettre des mocassins. Touriste !
G Aaaaah… (il se raccroche à l'Autre)
l'A Lâchez-moi
G J'veux pas mourir !
l'A Faudrait savoir, je croyais que vous ne reculiez
jamais
G J'veux pas mourir !
l'A Lâchez-moi, imbécile, on va tomber
tous les deux ! (le Grimpeur s'accroche comme un malade,
c'est une étreinte sauvage) OK. OK. J'y retourne
et vous me suivez mais lâchez-moi.
Ils grimpent vers le dernier aplomb. La pluie a cessé,
le vent s'est calmé. Ils parviennent à la petite
plate-forme. Le Grimpeur se tient debout, immense, l'Autre s'assied
pesamment.
Un long temps.
G OOOH ! (il vacille) Je…
Mais… C'est…
l'A s'est couché et respire très
fort.
G C'est… C'est… C'est…
l'A Vous fatiguez pas… Y
…a…pas…de…mots…
G Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous êtes tout
pâle ?!
l'A …le savais… 2 fois…
trop… Redescendre… pas pu… Pas pu, hein ?
G Attendez, attendez, mais respirez, quoi. Ecoutez : (il
se penche vers lui) merci ! Vous entendez ? Hein ? (il
le secoue, la plate-forme est étroite, le corps soudain lui
échappe et roule dans l'abîme)
Oh !
Non, vous n'entendez plus, hein ? M-E-R-C-I- !
(l'écho reprend mille mercis )
Oui bon, ça va ! Faut rien exagérer… Enfin…
( Il regarde autour de lui, émerveillé)
Vous aviez raison, c'est… c'est… Vraiment pas de
mots… … …
Bon. Y a plus qu'à redescendre, maintenant…
Il commence à descendre vers l'aplomb. 100m plus bas,
et qui s'en approche, un grimpeur fait rouler des petites pierres sous
ses tongues…
CB
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