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LA POULE
auteur Sœur MANDOU
Question posée à une fermière
typée quasi allégorique :
- QUI A COMMENCE, L'ŒUF OU LA POULE ?
- … … Ah ben ça !… Ben ça,
c'est ben une question des gens de la ville ! On leur fait gober
n'importe quoi… C'est comme si qu'on disait que pour avoir des
œufs à la neige, faut emmener les poules aux sports
d'hiver ! Ma grand-mère, avec son œuf, a'r'prisait ses
chaussettes, a s'brouillait pas la réflexion de savoir s'y
manquait une côte à son homme. Passque je vais vous dire,
faut pas poser une question pareille dans un poulailler, sinon mes
poules, elles vous tombent dans la dépression ! Pas plus tard
qu'l'année dernière y a un lardon haut comme trois pommes
qui y a fourré la zizanie avec ça. Un peu plus qu'on
avait la révolution de la volaille si mon mari y avait pas
étouffée dans l'œuf. Vu que l'coq est devenu tout
rouge et s'est mis à hurler : « Celui qui a
commencé, c'est MOI ! ». C'était parti ! Elles se
sont jetées sur lui qu'il était déjà
grimpé sur son tas de fumier. « Poule mouillée !
» qu'elles s'égosillaient. « Coq au vin ! ».
Moi j'voyais pas c'que les moutons venaient faire là-dedans,
m'enfin bon, un coq qui boude, y a plus de mère poule. Comme on
dit chez nous, les poules pondent par le bec, mais on a beau leur
offrir des huîtres pour leur entartrer solide la coquille, c'est
pas ça qui met du poussin à l'intérieur. Au bout
de quelques jours les poules ont attrapé l'bourdon, plus
d'œufs du tout, mais l'coq y voulait toujours pas r'venir :
« Quand vous aurez des dents ! » qu'y ricanait. Remarquez
que là, c'était les poules qui avaient
commencé… Et l'œuf dans tout ça, vous
m'direz ! Ben quand il est frais, c'est à la coque qu'on s'en
lèche le mieux la babine ! Ah la la, vous y tapotez la calote,
comme Christophe Colomb, enfin son œuf, mais lui c'était
pour qu'y s'tienne debout, sans quoi l'Amérique, on l'aurait
toujours pas trouvée, notez qu'on sait pas c'qu'en a
pensé l'poussin ! J'm'esscuse, je saute du coq à
l'âne. Pour en revenir à votre question, ben nous aut'
devant c'poulailler qu'était tout morose, on a fait comme y
disent à la télé une table de négociations
: le coq sur son perchoir, les poules toutes en rond, et pis
l'Père Lafontaine, c'est not'voisin, y était venu faire
l'arbitre, c'ui qui fait serrer les mains, enfin là
c'était les pattes. Y leur a dit : « Si c'est la poule qui
a commencé, alors le Bon Dieu, c'est une poule ? Ca fait
désordre. Pis d'abord vous êtes trop nombreuses, c'est
comme les Pères Noël ! Bon d'accord, dans l'Olympe y avait
tout un tas de dieux, m'enfin vous imaginez ça, le Paradis comme
un poulailler ! » Et alors là, le coq y nous en a
bouché un coin : « On voit bien, Môssieu, qu'vous
êtes jamais allé au théâââtre !
». Alors là, mon mari, j'sais pas s'y lui manque une
côte, mais y perd pas l'Nord, comme Colomb, y a dit :
« Eh ben au Paradis qui c'est qu'a des ailes, hein ?… Hein
?… Les ANGES ! » … ... Alors là j'vous dis
pas l'émotion qu'a frissonné dans le poulailler ! La
Roussette en sanglots ! C'était fini. C'était la paix.
Comme quoi que c'est quand on pose une question c'est pas
forcément pour avoir la réponse ! Faut pas tuer la poule
aux œufs d'or ! Passque vos gens de la ville, là, c'est-y
qu'y savent pourquoi qu'on vend les œufs à la douzaine ?
… … Bon !
Catherine BŒUF
( février 1995 )
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