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| Extrait
du Grand Livre du
Cercle Chapitre I "La Genese" |
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"Chaque
mot est la portion visible de tout un univers caché"
C'est
en découvrant cette phrase dans le magnifique ouvrage
d'Henri Castin-Girsin, "MES CLES DU CENTRE REEL"*, qu'un soir tout a
commencé.Pour je ne sais quelle raison, ce court énoncé enfièvra mon esprit déjà bougrement surchauffé. Une puissance mystérieuse, doublée d'une énigmatique invitation à la songerie, semblait en émaner. Si, comme l'auteur le prétendait, des univers entiers se cachaient derrière les mots, par quel moyen pouvait-on partir les explorer ? Bientôt, cette question m'occupa tout entier et ne m'apparut plus que comme un défi lancé au monde de l'imaginaire. La nuit durant, je la retournais en tous sens (ce qui était saugrenu, car une question n'a de sens que si elle est correctement formulée). Au petit matin, épuisé, je me décidais finalement à m'en poser une autre : un mot, un simple mot, pouvait-il, par la seule force de son évocation, faire jaillir une histoire et donner vie à des personnages ? Oui, bien sûr, me répondis-je immédiatement. Alors, si oui, à quoi bon partir explorer des mondes que l'on peut très bien inventer sur place. Ce constat, somme toute satisfaisant, m'amena illico à me poser une nouvelle question : l'invention, dés lors qu'on l'emploie dans une histoire, n'est-elle point considérée comme un mensonge ? Mais cette fois je tenais ma réponse. Je revins au livre d'Henri Castin-Girsin (qui, soit dit en passant, a réponse à tout) et cherchais le paragraphe que je subodorais pertinent. Je le reproduis ci-apr�ès in extenso : Le thèâtre n'est que mensonge, mais un mensonge joyeux où� les deux parties sont de connivence et sans ambiguïté sur le fait que l'information mentionnée est fictive. Art du faux par excellence, le théâtre demande au décor de jouer à représenter, au temps de jouer à couler, au spectateur de jouer à croire et à l'acteur de jouer ê�tre. C'est l'art du mensonge autorisé, admis. Un jeu où� tout est feint, où� tout le monde fait "comme si" et où� morale et religion cessent d�és lors d'ê�tre concernées. C'est ainsi que l'idée me vint de créer une confrérie vouée à l'invention, ou plus exactement à la mensongerie divertissante. Enthousiasmé et malgré la fatigue, j'alertais aussitôt quelques fieffés complices, ceux rencontrés �ça et là au fil de mes pérégrinations, et leur fit part de mon projet. Je vis, dans la pénombre de mon alcôve, leurs yeux battre des mains, et je sus, dans la ferveur enflammée du moment, qu'ils venaient à leur tour de succomber à la folie naissante d'une nouvelle aventure. Mentir pour le plaisir, mentir pour divertir, tel allait �être désormais notre credo. J'inscrivis sur mon grimoire la date historique de notre assemblée et nous partîmes illico vers nos coupables activités. Le Cercle des Menteurs était bel et bien né. Frère
Désiré Moimême
en l'Hiver 1991, du Véritable Calendrier |
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